Rita, la petite voix qui remerciait le sac de riz

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Rita achète un peigne dans une boutique de Little India – parle d’un festival indien – à la plage – au spectacle de danse indienne

J’ai rencontré Rita un peu par hasard, sur le ferry qui mène à l’île de Penang en Malaisie. Elle engage spontanément la conversation et propose son aide pour trouver un hébergement. Dès le premier contact, sa générosité transparaît. Pour elle c’est naturel. Elle dévoile un immense sourire sur un visage auquel on ne saurait donner d’âge. Une peau lisse de bébé, des yeux bleues magnifiques, des cheveux gris qu’elle a renoncé à cacher, la peau sur les os, un rire de gamine.

Rita est malaysienne de culture indienne. La Malaisie, ancienne colonie britannique a accueilli une grosse communauté indienne qui vit dans le Little India de Georgetown. Elle y salue ses nombreux amis indiens. Elle est très appréciée là-bas pour sa gentillesse bien sûr et les nombreux coups de main qu’elle donne à droite à gauche. Une femme indienne l’interpelle. Elle a besoin de Rita pour l’accompagner à la pharmacie et lui servir d’interprète. Rita parle l’hindi, sa langue maternelle, mais aussi malais couramment et un excellent anglais.

Petite dans un petit village plus au sud, elle allait apporter un sac de riz aux voisins plus pauvres. Sa mère disait qu’une main lui serait tendue en retour le jour où elle en aurait besoin.

Rita n’a pas vraiment de domicile. Elle dort dans la rue le plus souvent quand elle est à Georgetown, sous des arcades ou dans une laverie. Quand elle a un peu d’argent, elle s’offre une chambre d’hôtel. Elle ne se plaint pas. Elle accepte sa vie comme elle vient. Elle parle doucement, il faut presque tendre l’oreille parfois pour l’entendre. Elle s’occupe de ses « petits business » comme elle dit. Et notamment, aider des touristes en se faisant rémunérer avec les commissions d’hôtel par exemple. Elle revend aussi des petits parfums qu’elle garde précieusement dans son sac-à-dos bleu déchiré. N’y a-t-il pas de travail rémunéré pour elle qui pourrait l’aider à trouver un logement ? « Non, il n’y a pas de travail », dit-elle évasive… Des personnes lui ont pourtant déjà donné sa chance au travail. Mais à chaque fois, elle s’enfuit en brisant la confiance. Rita fuit la stabilité comme la réalité. Elle s’invente des histoires. Quelle vie essaie-t-elle de se dissimuler à elle-même ? Elle accuse la magie noire d’être responsable de tous ses maux. Parfois, son cœur « tremble et danse de peur comme s’il allait sauter dans le vide ou qu’on le braquait avec un revolver ». La magie noire est parfois tellement forte qu’elle ne peut pas s’empêcher de se mordre à sang. « Regarde mes marques. » Les crises de magie noire arrivent souvent en présence d’hommes qui ont un regard méprisant, la plupart du temps, « des bengla ». Elle récite en boucle à voie basse des paroles comme pour la désensorceler.

Rita dit avoir 4 enfants qui sont à Butterworth dans sa maison, à une heure de Georgetown. Elle dit que son mari la bat et la chasse de chez elle, c’est pourquoi elle vient passer du temps à Georgetown. Elle aimerait bien avoir un mari qui l’aime. Elle sourit de plus belle. Elle rêve aussi un jour d’aller cueillir des fruits en Australie. Et puis peut-être aussi d’aller visiter l’Inde. Elle n’y est jamais allée.

Elle aime passer du temps sur la plage de Batu Ferringhi. Elle y regarde les nombreux touristes s’amuser à cheval ou en jet-ski. Elle regarde les vagues. Elle observe la Lune. Le temps s’arrête. Un peu plus loin, une attraction pour les touristes offre des performances de danses traditionnelles. Soudain, c’est une danse typique indienne. Son visage s’illumine comme celui d’une enfant. Elle se rapproche et enregistre avec son petit téléphone.

« Comment tu me trouves ? » Elle ne peut pas prétendre ignorer les regards qui voudraient la chasser. Son comportement parfois décalé attire surtout la méfiance en dehors des petites gens de Little India ou d’ailleurs. Dans un monde où sortir de la norme est suspicieux, elle a du mal à se faire une place. Elle sent bien que quelque chose cloche, mais elle ne peut pas, veut pas, comprendre.

Heureusement, elle sait attirer à elle un réseau de belles âmes qui l’aident. Merci le sac de riz.

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