Mikhaïl, le blagueur qui n’en finissait plus de parler

Mikhaïl - Transsib - juil 2017 - (33)

Dans le transsibérien – une énième blague de Mikhaïl… que je n’ai pas comprise

C’est le hasard des placements dans le train qui m’a fait rencontrer Mikhaïl.

Si l’on sait les accueillir, le transsibérien nous offre toujours de belles rencontres avec son lot de personnages atypiques, surtout en classe populaire. Mikhaïl est une de celles-là. Mikhaïl est déjà installé dans le train quand je monte à Moscou. Il vient tout de suite se présenter avec une poignée de main avenante. C’est tout au long d’un trajet en train de près de 4 jours que j’apprends à le connaître.

Mikhaïl a 65 ans, un tatouage à moitié effacé sur le bras, de grosses lunettes. Mikhaïl est très bavard, il a toujours des milliers de choses à raconter… en russe. Et si je ne comprends pas, il recommence, encore et encore, à grand renfort de gestes. Parfois il finit par se lasser. Pfffff, quel gâchis semble-t-il penser.

Mikhaïl est une personne de contact. Il s’approche des gens pour leur parler. Il aime rire, c’est un blagueur de première. Il aime profondément être avec les autres. Je ressens une douceur incroyable dans son regard lorsqu’il me montre les photos de ces petits enfants sur son téléphone, sa petite fille qui fait de la luge, une autre en robe de princesse, un autre devant son gâteau d’anniversaire. Il me montre aussi avec fierté la gare de Novosibirsk, là où il s’est marié.

Il sait jouer au jeu de cartes « dourak » ? Bien sûr et il s’applique à me remémorer les règles. Nous jouons à 4, 2 contre 2. Il est mon partenaire de jeu. Clins d’œil stratégiques exagérés… Il s’emballe, ohlala mais ce n’est pas du tout la carte qu’il faut jouer ! A une manche d’avance il est soudain très fatigué. La partie s’arrête en nous laissant la victoire. Mikhaïl est un petit malin qui ne veut pas risquer la défaite.

Il est entier Mikhaïl. Il s’emballe, il rit, il rouspète, il boude aussi et peste contre sa voisine d’en face avec laquelle il n’est pas d’accord. Peut-être même avec un peu de mauvaise foi d’ailleurs. Mais ça ne dure pas très longtemps. Il retourne à ses sudoku, se prépare un thé agrémenté, si l’on peut dire, de pas moins de 5 sucres (c’est ce que faisait sa propre grand-mère et il ne reviendra pas dessus !), et c’est reparti.

Ce que je comprends de sa vie, c’est qu’il a été militaire à Oulan-Bator en Mongolie du temps de l’époque soviétique. Il s’occupait alors de la maintenance. C’est aussi un artiste. Il est maître verrier et prend un immense plaisir à me montrer en photo ses sujets, pour une bonne part animaux, qu’il a lui-même sculpté.

Dernière nuit pour Mikhaïl. Tout le monde commence à s’endormir. Il souhaite m’offrir quelque chose qu’il vient de sortir de son sac avec précaution. Un escarpin en verre réalisé de ses propres mains…

Dans quelques heures, sa gare d’arrivée. Nijneoudinsk. Une petite ville de Sibérie. Tout est déjà prêt. Son sac, sa tenue et ses lunettes pour sortir. Il a réduit son débit de parole, semble perdu dans ses pensées en regardant au loin les paysages qui lui deviennent familiers. Il est impatient de retrouver sa femme et une de ses petites filles.

Allez, une dernière petite blague avant de partir.

Le temps passe vite dans le train avec un voisin comme Mikhaïl.

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