Marcel, l’australien au cœur simple et métissé

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bye bye mum – en voiture dad

J’ai rencontré Marcel alors qu’il s’arrêtait sur le bord de la route pour nous prendre en stop. Au premier regard, on sent sa simplicité et sa générosité. Aux coins de ses yeux, des rides du sourire un peu blanches. Elles n’ont pas autant pris le soleil que le reste de son visage. C’est qu’il a souvent le sourire aux lèvres Marcel.

A l’image de nombreux australiens, Marcel a des origines qui vont bien au-delà de ce continent. Son père est français et sa mère Néo-Zélandaise. Mais son début de vie a quelque chose d’un peu plus atypique. Il est né en Papouasie-Nouvelle-Guinée, dans le bush, dans les hauteurs à Mount Hagen, alors que son père y était en poste en tant qu’ingénieur mécanicien. Ses parents racontent avec amusement comment il a passé les 5 premières années de sa vie au milieu des locaux. Là-bas, Marcel a appris un peu le tok pisin, la langue locale, « mais j’ai oublié depuis ». « Il y a même une photo de lui tout petit au milieu d’un groupe de papous récemment contactés, nus, les visages peints, avec un bâton dans le nez ! » s’exclame son père. Lorsque l’on est familier avec des gens aussi différents pendant la petite enfance, période où on construit ses images mentales, pas étonnant que l’on soit un modèle de tolérance et d’humanité. Marcel sourit. Il écoute toutes les histoires du passé que racontent ses parents avec grand enthousiasme. Lui ne s’en rappelle plus trop.

La plupart des amis de Marcel sont aborigènes ou immigrés du monde entier. Il se sent mieux avec eux qu’avec la classe blanche traditionnelle, pour une bonne part encore raciste selon lui. Il connaît et parle des abus commis à l’encontre des peuples locaux tout comme de la nature. Il trouve absurde la paranoïa à l’encontre des crocodiles ou des requins. Il suffirait de réfléchir un peu et d’apprendre à vivre avec eux plutôt que de les massacrer. Il admire les aborigènes et leur capacité par exemple à trouver de l’eau en plein désert en creusant un petit trou et en aspirant le liquide avec une paille. Marcel constate tristement les injustices de la société australienne. Avec grand calme et résignation.

« It’s alright – Tout va bien ! » Sa formule préférée qu’il applique autant à lui-même qu’aux autres.

Marcel nous emmène chez ses parents qu’il sait ravis de nous accueillir et de discuter avec des étrangers. La générosité et le sens de l’accueil, c’est de famille. On rit beaucoup dans cette maison. On prend soin les uns des autres, toujours avec le sourire et quelques taquineries pleines de tendresses. Au moment de partir en vadrouille avec son père, Marcel plaisante avec sa mère qui s’inquiète de la fiabilité de la voiture. « C’est du diesel, maman, et elle est froide ! Et elle est vieille comme toi, elle a du mal à s’activer le matin ! »

Marcel s’occupe des grillades avec son père dans la cuisine extérieure. Le soir, un match de rugby à 13 tient la famille en haleine. Les équipes Broncos de Brisbane et les Storm de Melbourne s’affrontent. Tout le monde commente. On aime les choses simples dans cette famille. Pas de chichi.

Après la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la famille est allée s’installée en Nouvelle-Zélande pour une 15aine d’années. Le grand frère de Marcel était dyslexique. C’était pour lui offrir de meilleures opportunités d’éducation que la famille a décidé de déménager. Puis en Australie, Marcel est devenu charpentier. Il aime travailler le bois. Aujourd’hui, il cherche un nouveau boulot moins physique. Son dos ne lui permet plus d’être charpentier. Le téléphone sonne. Il vient d’obtenir un entretien pour la semaine prochaine. Marcel a le sourire. Il n’est pas très difficile. Du moment que l’ambiance est sympa et que ça paye un peu. Marcel ne roule pas sur l’or. D’ailleurs, il ne réclame pas beaucoup d’argent. Juste ce dont il a besoin. Il veille à ses dépenses. « L’argent est trop difficile à gagner pour être dépensé stupidement. » Son vieux 4×4 Toyota beige acheté à un couple de personnes âgées lui convient bien. 615 000km au compteur. Il tourne bien.

Marcel habite du côté de Cairns avec son fils de 23 ans et un autre papa divorcé et sa fille. Une colocation moderne qui lui plaît. On fait à manger à tour de rôle, le loyer n’est pas trop cher et on a de l’espace. On s’entend bien et c’est sympa. Quand son ami a divorcé en récupérant de grosses dettes pour la maison, la colocation s’est avérée être une excellente solution pour tout le monde. Marcel, lui, a divorcé il y a quelques années déjà. Incompatibilité religieuse. Sa femme était devenue membre des Témoins de Jehovas et voulait appliquer à sa vie de famille des principes qui ne lui convenaient pas. Marcel se dit libre de toute religion. Il respecte les autres, mais vraiment, ce n’est pas pour lui.

Marcel aime faire plaisir aux autres. Un plaisir discret. Il nous fait découvrir le bord de mer dans les environs de la maison de ses parents. Il a du mal à retrouver la route. Ça faisait un moment qu’il n’était pas revenu. Ça a bien changé. De grosses maisons modernes. Ça devient très cher dans le coin. Non, il n’envie pas ces gens. Il préfère une maison simple avec un grand espace à vivre agréable. Il n’a pas besoin de plus.

Ici, on cultive aussi la canne à sucre. On en fait du rhum. Visite de la distillerie. Là, il s’en souvient bien. Il avait l’habitude de venir ici quand il était jeune avec un ami qui récupérait les fonds de cuves pour trois fois rien. Un bon vivant.

Marcel nous déposera 1600km plus loin après trois jours de route et de bons moments familiaux, avec un sac rempli de fruits et de sandwiches. Il aura fait un détour d’au moins 60km pour nous trouver un bon emplacement pour continuer. « It’s alright ! »

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